vendredi 9 mars 2018

Alice Sweet Alice ( 1976 ) de Alfred Sole

Alice Sweet Alice est décidément un drôle de film. Arrivé deux ans avant Halloween c'est une sorte de pré-slasher, un brin foutraque et expérimental, mais libre de faire ce qu'il veut, du coup. 
 
Alors qu'est ce que ça raconte exactement? Pitchons, pitchons : La petite Karen est assassinée le jour de sa première communion. Tout le monde suspecte sa sœur, Alice, qui, il faut bien le dire, se comporte de manière un brin étrange et inquiétante. Les agressions et meurtres à l'arme blanche s'enchaînent. Le tueur porte un masque et un ciré jaune. Et sa silhouette est féminine. Tout semble évident.

Passées les quinze premières minutes, on se dit que l'identité de ce tueur au ciré jaune ( giallo!) ne fait aucun doute : alors on fait quoi maintenant, Alfred ? Et puis, et puis, tout n'est pas aussi évident qu'il n'y paraît, fort heureusement pour nous, spectateurs.
 
De toute évidence Alice Sweet Alice n'a pas pour point fort son visuel, même si la photo n'est pas dégueu à certains moments. Le budget devait être assez limité. Pour un public biberonné au slasher, au giallo, au whodunit, l'histoire peut même sembler pas très originale. Mais n'oublions pas qu'on était en 1976.

Mais alors quel est le gros point fort du film, me direz-vous? Je vous répond : sa galerie de personnages, tous plus détraqués les uns que les autres. C'est cette ambiance malsaine, qui plane tout le long du film, qui le rend intéressant. Alfred Sole prendra aussi le pari risqué d'un twist au 3/4 du film. Décidément le garçon ne dispose pas beaucoup d'argent mais il a des idées audacieuses.

Mais parlons des personnages. Tout d'abord il y a Karen, la première victime, petite fille parfaite, un peu enfant gâtée mais qui est de loin la plus innocente du lot. Et bien sûr c'est à elle à qui il arrivera un truc vraiment pas cool pendant sa communion. Jésus, la Sainte Vierge et tous les saints réunis n'y pourront rien.
 
Puis il y a Alice ( le sweet Alice du titre est on ne peut plus ironique!). Dès qu'on croise son regard à celle-là, on se doute que c'est un cas qui relève de la psychiatrie ! Bien qu'à peu près du même âge que sa soeur Karen, Alice a déjà la voix et le regard provocateur d'une jeune fille qui n'a pas froid aux yeux. D'ailleurs ton corps change, pas vrai Alice ? Tu ne t'entends pas ni avec ta soeur, ni avec ta mère ou ta tante Annie, mais en même temps t'es flippante, ma vieille !
 
La tante Annie, elle, est une femme dominatrice ( il faut la voir parler à son mari. C'est du genre pousse toi de là que je m'y mette!). Elle a une certaine emprise également sur sa soeur Catherine, qui est donc la mère des deux fillettes. Figure énervante de la lady qui se croit meilleure, plus convenable que les autres, la tante Annie  semble vouloir aider son entourage uniquement dans le but de mieux les contrôler à sa guise.  L'hystérie la guette à celle-là! Passons sur Catherine et sur le père ( à travers lequel le film prend un petit côté polar à un moment donné) car ce sont des personnages moins malsains mais assez insipides.
 
Ensuite vient un gros morceau ( c'est le cas de le dire) : Monsieur Alphonso. Lui, c'est un client ! Il est le propriétaire de l'immeuble où vit la petite famille ( sauf le père qui s'est remarié). Alphonso vit à l'étage d'en dessous, dans un appartement qui sent la pisse de chat. Il passe tout son temps vissé sur son fauteuil à écouter de l'opéra, en compagnie de ses chats. L'homme est laid et énorme et pas très porté sur l'hygiène. Niveau alimentation, il semble apprécier le Whiskas de ses chats. Mais c'est surtout sa façon de regarder Alice qui le rend dégoûtant : ce type est un gros pervers. Avec son teint blafard, maladif, difficile d'avoir l'air plus repoussant. Néanmoins Alice prend un malin plaisir à le provoquer et à l'insulter. Bref, c'est la fête entre eux.

Pour finir nous avons Mme Tredoni, une sorte de gouvernante qui travaillent pour les prêtres du coin. Un personnage de bigote, extrême forcément. Cette dernière se montre possessive vis à vis d'un des curés, le père Tom, qui lui semble attiré par la mère des deux gamines. Excepté ce prêtre, personne ne trouve grâce aux yeux de Mme Tredoni, véritable grenouille de bénitier, pas commode du tout.

De ci de là des personnages, qu'ils soient centraux ou secondaires, balancent leur petite réplique riche de sens : "les gens font des trucs de fous" dit l'un ; "tout le monde se trouve une excuse." dit l'autre. "Les parents sont ceux qui connaissent le plus mal leurs enfants" etc... Ce sont de véritables commentaires sur le coeur même du film.
 
Niveau réalisation, rien de particulier à dire si ce n'est cette tendance à filmer les visages de près ( pour mieux scruter leurs réactions mais aussi pour accentuer leur creepytude). Notons également l'interprétation un peu too much et hystérique de certains des personnages. Quant à la bande son, je trouve qu'elle fait le job, sans être mémorable.
 
Pour conclure, signalons le fait que Alfred Sole n'a pas choisi par hasard d'appeler son personnage central Alice. Son film peut être considéré comme un Alice au pays des tordus. Et on peut tout à fait considérer que la "sweet" enfant est à sa place parmi eux.




jeudi 1 mars 2018

The Tall Man ( 2012) de Pascal Laugier




Pour sa première expérience outre-Atlantique, on ne peut pas dire que Pascal Laugier  ( réalisateur du traumatisant Martyrs ) aie manqué de courage dans le choix de son sujet. Son film, ayant pour cadre une Amérique profonde, très " à la Stephen King", a incontestablement des choses à dire sur des thèmes d'actualité et ô combien épineux.

Tout se passe à Cold Rock, ville morte, minée de problèmes économiques et sociaux. Et pour couronner le tout, les enfants de Cold Rock disparaissent sans laisser la moindre trace. La seule explication que la population trouve à cette série de disparitions débouche sur la naissance de la légende du Tall-Man, un homme ( grand donc) qui surgit de la forêt pour enlever les mômes. Mais est-ce bien une légende? On ne tarde pas, en tout cas, à accorder au furtif et insaisissable kidnappeur des attributs quasi-surnaturels.

La vaste forêt aux portes de Cold Rock est l'alliée du Tall Man. C'est d'elle qu'il surgit et c'est encore elle qui lui offre refuge. Comme si elle le cachait aux yeux du monde civilisé, juste sous le nez des habitants de Cold Rock. Elle est l'inconnue, le territoire sauvage et inexploré, juste à quelques mètres du bord de la route. Son côté protecteur m'a rappelé une autre forêt : celle où se réfugie John Rambo pour échapper à la stupide bande de policiers qui le persécute.

The Tall Man repose en grande partie sur les épaules de Jessica Biel qui interprète le rôle pas facile du tout de Julia, une jeune veuve qui travaille comme médecin dans cette ville sinistrée. Une nuit, son fils de 5 ans est, à son tour, enlevé. Elle se lance à la poursuite  du kidnappeur sachant que si elle le perd de vue, elle ne reverra jamais son enfant.

Dans sa structure même, le film est déjà un pari très osé, car Laugier n'hésitera pas à coller un twist très tôt, alors qu'il termine à peine d'installer les bases et le contexte de son récit. La chose laisse le spectateur un brin déboussolé, il lui faudra quelques minutes pour retrouver des repères, mais l'effet est vertigineux. Pascal Laugier montre là qu'il est un fin manipulateur. Et c'est un autre film qui commence à présent.


Il y a, d'après moi, un autre personnage important dans le récit : il s'agit de Jenny, une gamine de 12 ans. Jenny n'est pas folle ni stupide ni malsaine, et pourtant elle donne l'impression de "rechercher" le Tall-Man. L'ayant aperçu une fois, elle semble attirée irrésistiblement par ce mystère. En rupture avec le monde extérieur à qui elle n'adresse pas la parole ( elle préfère communiquer par écrit et par des dessins) Jenny personnifie assez bien l'idée de l'enfant pris au piège dans un milieu familial difficile, qui ne lui offre pas de réelles perspectives d'épanouissement personnel et d'avenir. Le film parle clairement de ces adultes qui élèvent leurs enfants uniquement pour qu'ils deviennent comme eux, c'est à dire des êtres perdus dans la vie. Il y a cette idée tenace qu'il faudrait pouvoir rompre ce cycle de malheur.

Le personnage de Julia est par ailleurs difficile à appréhender par le spectateur tant que celui-ci ne connaîtra pas les mobiles qui la font agir ainsi. Son ambigüité est totale. Son silence protège quelqu'un, quelque chose de suffisamment grand pour qu'elle soit prête à se sacrifier...en martyre ( désolé mais fallait que je la sorte celle là!). Pour pouvoir la juger, encore faudrait -il que nous en ayons le droit et la lucidité nécessaire. Les habitants de Cold Rock, clairement, ne semblent pas en être capables. Véritables somnambules de la vie, victimes de leur propre marasme existentiel, victimes d'eux-mêmes, ils "s'accrochent" comme ils disent pour survivre à la misère ( dans tous les sens du terme) omniprésente autour d'eux. Ils ont des enfants par pure obéissance à leurs instincts et aux exigences de la société. Par pur mimétisme, par pur hasard aussi, peut être. Et ces adultes savent instinctivement que les enfants sont meilleurs qu'eux. Pour les mômes il y a encore de l'espoir au moins. Alors que pour les "grands", c'est fini, c'est trop tard. Alors oui ces parents aiment leurs rejetons mais, au fond, ont-ils vraiment la capacité de leur proposer une vie d'espoir, de rêves et d'ambitions ? Bref de les élever !

Le film prendra tout son temps pour se dévoiler, laissant bon nombre de spectateurs, je pense, moralement choqués. Car ici Laugier touche à quelque chose d'hyper sensible, de très dur à dire, bref à un terrain miné comme pas deux. Certains pourront même dire que le simple fait d'avoir pensé et voulu raconter cette histoire est déjà suspect voire nauséabond. Personnellement je ne le crois pas. Par l'intermédiaire de Jenny je crois que c'est aussi le réalisateur qui parle.
 
Le film se conclut sur une question que Jenny se pose à elle-même ( et donc par extension au spectateur aussi) et qu'elle répète trois fois, à chaque reprise sur un ton plus marqué par l'effroi et un terrible doute...






 
 



mercredi 21 février 2018

Alone ( 2007) de Banjong Pisanthanakun et Parkpoom Wongpoom

De temps en temps, j'aime bien parler de films un peu plus récents. Outre le fait que le film d'aujourd'hui soit le bébé de deux réalisateurs ( c'est pas original ça, hein ! ça t'en bouche un coin, mon lecteur !) il a la particularité également de venir d'un pays peu connu pour son cinéma de genre : la Thaïlande. 

Alors, pour être franc, j'ai mis pas mal de temps à rentrer dans le film, malgré son côté exotique. Environ 50 minutes de péloche se passent avant que le film ne démarre réellement. Je sais c'est beaucoup mais ça en vaut la peine. Avec un peu de recul, on se rend compte que la structure même du récit avait besoin de cette mise en place, mais c'est quand même un peu laborieux. Pas catastrophique ( sinon j'aurais décroché) mais molasson quoi.

Le premier défaut d' Alone est son côté trop propret, visuellement parlant. On sent que les deux gars (non pitié, ne m'obligez pas à répéter leurs noms ! piiiitiiiéééé!!!) ont voulu faire de la belle image ( et c'est réussi, indéniablement) mais là c'est trop lisse, trop aseptisé. Ensuite il y a ces jump scares qu'on voit arriver beaucoup trop tôt. Tout ça fait qu' Alone présente un côte trop safe à mon goût. Ce qui est frustrant voire énervant pour un film d'horreur. Et puis il y a cette musique chargée d'un peu trop de mélodramatisme, un peu à l'image des productions fantastiques espagnoles du bas du panier. Quant aux personnages je les trouve un peu plats, trop lisses et un poil gnangnan. Bref, ça ronronne un peu !

Et puis arrive le twist ! J'ai été voir après coup sur Internet des commentaires sur le film et il semblerait que certains spectateurs aient vu le coup venir ; et bien bravo à eux ! Car, personnellement, je fais partie de ceux qui ont été très agréablement surpris par ce twist qui rend le film autrement plus intéressant dans tous les domaines. Difficile de déterminer si le twist a fonctionné sur moi parce que j'étais jusque là moyennement concentré et intéressé par le film, ou bien parce que la chose a été habilement mené. Peut être un peu des deux. Peut être aussi que je suis bonne poire et pas très observateur !

Alors qu'est-ce que ça raconte au juste ? C'est l'histoire d'une jeune thaïlandaise (Phim) qui vit en Corée avec son copain ( lui aussi thaïlandais). Elle reçoit un coup de fil l'informant que sa mère  ( restée au pays) a eut une attaque cérébrale. Le couple part aussitôt pour se rendre à son chevet. Très vite, on nous dit que Phim a eu une soeur siamoise ( prénommée Ploy) morte suite à l'opération visant à les séparer. Une fois revenue dans la maison de famille, Phim va rapidement voir apparaître le fantôme de sa soeur ( les fameux jump scares foireux dont je parlais).
 
 Sauvé donc par son twist et sa deuxième partie plus badass, Alone est finalement pas mal du tout. La première partie aurait pu être menée plus habilement, en y développant une atmosphère un peu plus vénéneuse, en n'ayant pas peur de rentrer dans le lard du spectateur d'office quoi. Bref si on avait insufflé plus de noirceur à l'image et si on avait doté d'entrée les personnages d'un aspect plus inquiétant et ambigü, alors cette fichue première partie aurait été meilleure et le film aurait été du coup plus efficace et homogène. Oh et puis il aurait aussi fallu se calmer un peu avec la jolie petite musique dégoulinante de romantisme nunuche. Avec tout ça ( ou sans ça plutôt) le film serait une bombe. Un p**ain de bon film ! C'est dommage car on sent que ces deux réalisateurs ont du potentiel, c'est évident. Quand ils lâchent les chevaux, ils envoient du lourd !

Voilà, malgré ses défauts, je vous conseille tout de même Alone. Ce film va vous dépayser !



 


 

 

mercredi 14 février 2018

The Stepford Wives ( 1975 ) de Bryan Forbes

Grandes maisons aux vastes pelouses, quartiers tranquilles, Stepford incarne assez bien l'idéal de l'american way of life. Les Eberhardt viennent s'y installer. C'est surtout le mari qui a insisté pour déménager ici. Joanna, la femme, passionnée de photographie, habituée au bruit et à l'effervescence de New-York, est moins enthousiaste. Tout de suite le calme stepfordien semble l'oppresser.

Rapidement son mari va lui parler de cette association dans laquelle il souhaite être admis ; ce « club » réunit tous les citoyens les plus éminents et influents de Stepford. Il s'agit de l'Association des maris. On comprend tout de suite qu'ici c'est le mâle qui domine. Joanna n'aime pas ça, forcément.

Lorsque tous les membres de l'Association se réunissent chez les Eberhardt pour discuter des sujets concernant la vie quotidienne du quartier, ceux-ci convient Joanna, avec une apparente courtoisie, à assister à leur petite réunion. Mais quand celle-ci prend la parole, personne ne répond, ni ne fait attention à ce qu'elle dit. Sers nous à boire, sois belle et tais-toi !

D'ailleurs, contrairement à Joanna et à deux de ses amies, les autres femmes, épouses parfaites et dociles, semblent parfaitement s'accommoder du style de vie de Stepford. Elles sont toujours souriantes et n'ont rien à dire, sauf si on les lance sur des sujets hyper passionnants tels que les courses, le ménage et la pâtisserie. Quand elles sortent, elles portent toutes de longues robes, et quand elles sont à la maison elles sont la plupart du temps en tablier. Bref ce sont toutes des fées du logis et elles aiment ça, on dirait !

Dans ces conditions le trio formé par Joanna, par sa meilleure copine Bobby ( c'est une femme oui) et une autre nana, ne se sent pas très à l'aise. Arrivées toutes trois il y a peu, ces trois femmes libérées tombent des nues en réalisant à quel point les femmes de Stepford sont soumises. Quand leur copine se transforme à son tour, très soudainement, en épouse modèle, Joanna et Bobby commencent tout naturellement à avoir des soupçons...



Le film repose essentiellement sur l'idée que le couple est avant tout le théâtre d'un permanent rapport de force homme/femme. L'homme incite fortement la femme à abdiquer de ses rêves, de ses envies et aussi de sa propre manière d'être, afin qu'elle se consacre entièrement à sa vie de famille. Grosso modo, afin qu'elle soit entièrement à son service quoi ! Pour cela il fait notamment appel au sens du sacrifice, en général développé chez la femme ; il la fait culpabiliser de vouloir s'épanouir et l'accuse de délaisser son foyer et ses enfants.

N'oublions pas de préciser que le film est l'adaptation d'un roman d'Ira Levin, romancier qui a pas mal inspiré le cinéma. Citons bien évidemment le Rosemary's Baby de Polanski, mais aussi les excellents Deathtrap de Sidney Lumet, avec Michael Caine et Christopher Reeves ( 1982 ) et The Boys from Brazil  de Franklin J. Schaffner, avec Gregory Peck et Lawrence Olivier (1978). Rien que ça ! 

D'après moi The Stepford's Wives présente un point en commun avec le chef d'oeuvre de Don Siegel, Invasion of The Body Snatchers ( 1956). Dans sa façon de nous angoisser relativement au fait que ces femmes semblent avoir été privées de leur personnalité, de leur âme, pour être remplacées par une version d'elles-mêmes totalement soumise aux hommes.

Leur vraie personnalité semble avoir disparue, ce qui veut dire que leur vrai moi est mort. Tout comme dans Invasion of the Body Snatchers où les gens se font remplacer par des clones extraterrestres, totalement dépourvus d'émotions.

Quand sa copine Bobby change brutalement elle aussi et se met compulsivement à chasser la poussière chez elle, Joanna se retrouve seule, prise au piège. Et on a peur pour elle. Elle sait qu'elle va devoir se battre pour survivre réellement, c'est à dire rester elle-même.

 
Adoptant un rythme très calme ( aussi calmes que les rues et les femmes de Stepford, en somme) le film ne prend des allures de film d'horreur que dans ces toutes dernières minutes. La scène ( très simple mais qui file le vertige ) où Joanna réalise ce qui est arrivé à Bobby provoque enfin un sentiment d'horreur concret. Exit l'angoisse indicible et insidieuse qui nous titillait les nerfs depuis le début. L'effet horrifique n'en est que plus fort. Alors le mystère sera levé, le temps pour Joanna, et nous avec elle, d'éprouver une pure terreur. Puis, très vite, l'écrasante tranquillité habituelle viendra à nouveau recouvrir la ville, comme une loi d'airain. Une fois que vous connaîtrez l'envers du décor de cette ville, je suis sûr que ce cauchemar paisible vous filera la chair de poule !





mardi 6 février 2018

Messiah of Evil ( 1973 ) de Willard Huyk

Mes chers compatriotes cinéphiles, il était grand temps - n'est-ce pas? - de revenir à notre bon vieux cinéma d'horreur, après une petite escapade  de deux Chroniques dédiées à des films à peu près récents. Revenons donc avec délice dans les années 70 ! ça rime en plus ! Que voulez-vous, je suis un grand poète !

Mais je préfère vous prévenir : Mesdames et Messieurs, si vous voulez en prendre plein les yeux, si vous exigez une réalisation virtuose pour apprécier un film, alors passez votre chemin ! Messiah of Evil n'est pas taillé pour vous. Car oui, admettons-le sans problème, le film n'est pas, visuellement parlant, une bombe. Notre Willard Huyck n'est pas un Mario Bava ou un Francis Ford Coppola.

Ici la beauté de l'image et l'originalité des cadrages, on s'en fout un peu. De même la profondeur des personnages n'est pas du tout une priorité. La force du film est dans son atmosphère poisseuse, délétère, anxiogène.

Messiah of Evil commence avec une jeune femme qui nous parle en direct de l'asile ( cool !) où, bien sûr, personne ne croit à ce qu'elle raconte. Alors elle va nous la raconter à nous, spectateurs, son histoire. Libre à nous de la croire ou pas !

Arletty ( oui c'est son prénom, j'invente rien) Trucmuche (bah oui, on nous dit à aucun moment son nom de famille alors je brode! ) décide d'aller rendre visite à son père, vieil homme reclus dans une maison en bord de mer où il s'adonne à l'art de la peinture. Le bled s'appelle Point Dune et c'est pas folichon comme endroit.

Arrivée à la maison, point de paternel ! Arletty retrouve le journal intime du vieil homme, en parcourt quelques pages, et il semblerait que son papa perd un peu les pédales. Mais ça c'était avant... de connaître un peu mieux Point Dune !

Partout où elle passe ( ou presque) , Arletty demande si quelqu'un n'a pas vu son pater. Mais personne ne semble savoir ce qui lui est arrivé. La police ne fait ici que de la figuration. Un trio de jeunes gens ( un gars, deux filles) vient frapper à la porte d'Arletty qui, au mépris de toute logique et de la plus élémentaire prudence, accepte de les héberger.

L'atelier du père est un décor oppressant ; le réalisateur le sait bien et il insiste là dessus. Dès le début on sent qu'il vaudrait mieux pour Arletty qu'elle parte mais elle insiste. La plage déserte a un air sinistre. L'incessant va-et-vient des vagues et ce vent qui souffle contre la maison, tout cela tape bien sur les nerfs : bien joué !

Quant à la ville de Point Dune, elle ressemble à une ville normale. En apparence. Car on ne peut s'empêcher de trouver cette ville étrange.

On pense à l'Invasion des Profanateurs de Sépultures ( de Don Siegel) et aussi un peu à Salem's Lot de Stephen King. Quand un des personnages marche dans les rues pas rassurantes de Point Dune et entre dans un supermarché, un autre film nous vient forcément à l'esprit : le Zombie de George Romero ( à tort ? à raison ? Mais regardes le film, ô spectateur !). Tout comme l'effet anxiogène procuré par ces espaces urbains trop déserts et trop tranquilles pour être honnêtes, nous font faire le lien avec le magnifique Carnival of Souls de Herk Harvey.
 
Sans jamais s'approcher de ces chefs d'oeuvre, Messiah of Evil n'en réserve pas moins de bons moments de flippe. Comme je l'ai dit au début c'est un film qui n'est pas visuellement époustouflant ( loin s'en faut, tant la réalisation est quelconque) mais qui fait le job en terme d'atmosphère angoissante. Si vous voulez du poisseux, du trouble, de l'inquiétant, vous êtes au bon endroit !







dimanche 28 janvier 2018

Joshua ( 2007) de George Ratliff

La famille Cairn ( des gens aisés qui vivent dans une luxueuse tour new yorkaise) est en joie à l'occasion de la naissance de leur petite Lily. Tout le monde n'a d'yeux que pour elle. Un peu à l'écart, le petit Joshua, 9 ans, joue du piano, un air assez sombre. Sa mère lui demande un peu sèchement d'arrêter de jouer ; sa musique semble la déranger. Le décor est planté. George Ratliff, réalisateur hélas peu sollicité par le cinéma ( notre homme bosse surtout pour des séries télé),  pose les bases de son film vite fait bien fait.
Faire reposer tout son film sur les épaules d'un gamin de neuf ans est un pari assez casse gueule mais ici on a pris soin de travailler le personnage et le jeune acteur Jacob Kogan l'incarne admirablement avec sa tête de futur banquier d'affaires, que dis-je, de futur Président de la République !
Joshua n'est pas qu'un enfant délaissé, loin de là. Ici ce qui est montré est autant, voire plus significatif que ce qui est dit. Lorsque toute la famille se décide à chanter, d'un air béat, une berceuse à la petite Lily, Joshua vomit. La niaiserie l'indispose apparemment, et comme je le comprend !
Enfant extrêmement intelligent, cultivé et donc ( forcément) solitaire, Joshua semble être conscient de bien trop de choses sur ce qui se passe autour de lui; il se considère lui-même comme un être bizarre. Pas encore dompté par l'éducation et surtout la bien pensance, Joshua n'hésite pas à dire à son père : "T'es pas forcé de m'aimer." Ce dernier ressent un malaise profond, proteste et lui dit que bien sûr qu'il l'aime, mais Joshua en sait trop déjà sur la vie et sur le théâtre qui fait tourner le monde des hommes. 

Le père Cairn, une sorte de trader, ne comprend rien à son fils. Avec son tempérament positif et dynamique, il n'a pas la sensibilité pour comprendre qui est vraiment Joshua. Le gouffre entre père et fils est immense. Par exemple, le père, en bon américain, pousse son fils à faire des activités sportives alors que le gamin n'en a visiblement rien à cirer et qu'il se pose pour ouvrir un livre à la première occasion venue. Mais il y a bien plus que cela.

Joshua semble prendre plaisir à se réfugier intérieurement  dans la musique, probablement parce que celle-ci est un langage riche, parfaitement adapté à son esprit déjà si affûté et complexe.

En tant que spectateur on est presque gêné pour les parents, tellement ils jouent mal la comédie envers leur fils : il les met mal à l'aise et ils ne sont pas sincères avec lui. Le couple Cairn, bien que sachant Joshua intelligent, ne mesurent néanmoins pas à quel point ils sont en face d'une intelligence supérieure, qui les dépasse allègrement. Leur sens de l'observation n'est pas assez pointu ; ils n'en ont pas la capacité et sont, de toute façon,  trop enfermés en eux-mêmes, dans leur train-train quotidien et leur vision étriquée de l'existence.

Pourtant Joshua, bien qu'excellent manipulateur, joue ( c'est le cas de le dire) carte sur table avec eux. Au cours d'un spectacle genre où tous les parents viennent filmer fièrement les "prouesses artistiques" de leurs rejetons, Joshua décide de surprendre tout le monde en interprétant au piano une version très particulière de la berceuse chantée à Lily au début du film, en introduisant peu à peu des notes dissonantes dans la mélodie enfantine et en la faisant glisser lentement vers quelque chose de sombre et de torturé. L'effet est garanti. Les parents Cairn ont envie de se planquer sous les sièges. Pour une fois que maman Cairn avait la possibilité d'être fier de son fils, c'est raté... Ils ne réalisent pas que Joshua vient là de leur montrer le plus clairement possible l'état de son esprit : pas dérangé ( au contraire, très organisé) mais sombre et attiré par le Chaos.
Parlons également de la mère ( incarnée par la pas encore hyper connue et excellente actrice, Vera "Conjuring"Farmiga). Bourgeoise dépressive, abonnée aux psy telle un personnage de Woody Allen,  Abby Cairn a une santé mentale fragile. Elle a encore plus de mal que son mari à cacher le sentiment de rejet qu'elle a vis à vis de son fils. C'est sans surprise que l'on assiste à l'effondrement de la mère dès que les choses se gâtent un peu : femme-enfant trop gâtée par la vie, elle n'a pas les reins solides dès qu'on la sort de son petit cocon surprotégé.

Signalons également la présence de deux autres personnages secondaires mais qui ont leur importance. La grand-mère, très religieuse et prosélyte, qui cherchera à convertir Joshua. Et l'oncle, individu cultivé avec qui Joshua s'entend étonnamment bien.

Mais revenons au père. Quand il ouvrira les yeux - et il lui en faudra du temps pour ça !- sur la vraie nature de Joshua, toute la petite comédie entre eux volera soudainement en éclats. Mais Joshua est beaucoup trop malin pour lui. Indéniablement les meilleurs monstres, les plus dangereux, sont ceux qui ont de l'intellect et de la culture. Froid comme un Dexter en herbe, Joshua n'en utilise que mieux son cerveau. Les émotions, les bons sentiments, sont autant de choses qui rendent l'intelligence calculatrice moins performante.

Si l'on part du principe que les gens ont des enfants non pas seulement pour perpétuer l'espèce humaine mais aussi dans l'espoir que ces derniers soient meilleurs qu'eux, alors on peut dire que le couple Cairn a effectivement donné naissance à un être qui les surpasse totalement. Les deux petits pigeons blancs ont généré un superbe corbeau noir. Mystères liés à la naissance !


Précisons également que la monstruosité de Joshua est parfois compréhensible, dans le sens où il se sent rejeté par ses parents. Néanmoins il fait aussi preuve de temps en temps d'un goût pour la cruauté totalement gratuite. Bref on tient là une personnalité déjà très complexe. 

De même que les parents ( même s'ils le nient farouchement) finissent par juger leurs enfants, de même les enfants sont invariablement amenés à juger ( sévèrement souvent!) leurs parents. Dans le cas des Cairn, le jugement arrive beaucoup plus tôt que prévu car Joshua est un enfant précoce. Et il a un plan (monstrueux certes) mais qui n'est pas dénué de logique, avouons-le...









samedi 20 janvier 2018

Citadel ( 2012 ) de Ciaran Foy





Citadel est, à bien des égards, un film à part. Déjà ici, on a pas l'habitude de chroniquer des films aussi récents : 2012 c'est un record ! Sans parler du fait qu'il s'agit d'un film irlandais, cinéma plutôt rare et n'ayant pas pignon sur rue sur les principaux marchés en Europe. Ceux qui s'attendent à un film plein de rouquins en train de siffler des bières au beau milieu de paysages verdoyants risquent d'être surpris !

Ici la lumière est froide et l'image transpire la grisaille d'un quartier miné par la misère et la violence. Citadel ne convoque aucun monstre du bestiaire fantastique : la violence nichée dans le coeur des hommes ( ou plutôt des jeunes des cités, dans ce cas précis) suffit amplement à provoquer le sentiment d'horreur. Le film appartient à un style typiquement anglo-saxon : la hoodie horror, c'est à dire les films de délinquants ultra-violents à capuches dans la téci ! Un genre qui, forcément, comporte un commentaire social.

Il est à signaler que Citadel est le premier long métrage de son réalisateur, Ciaran Foy. Ce qui est remarquable, compte tenu de la maîtrise et de la très bonne tenue du film. Par des procédés très simples mais diablement efficaces Foy nous transmet tout ce qu'il nous faut savoir sur le contexte et les personnages de son film. Mais d'abord le pitch : Suite au meurtre de sa femme par un gang d’enfants cagoulés un jeune père de famille devient agoraphobe. Les agresseurs n'en restent pas là et cherchent à s’en prendre à son bébé. Aidé par une infirmière et un prêtre complètement borderline, il comprend que le seul moyen d’exorciser sa peur est d’y faire face est de s’introduire dans la Citadelle, c'est à dire la tour où réside le gang.

Pour nous montrer toute l'impuissance de Tommy ( le jeune papa donc) Foy nous le montre coincé dans un ascenseur en train d'assister à l'agression de sa femme. De même lorsqu'il introduit les fameux monstres à capuches, il nous les montre au début à travers un reflet de portière ou de vitre, comme pour accentuer leur côté furtif et donc anxiogène. Une fois qu'il nous est permis d'un peu mieux les apercevoir, cachés sous leurs capuches et voûtés, presque difformes, on pense aux enfants enragés du Chromosome 3 de David Cronenberg. Les mêmes mais à l'adolescence, quoi.

 
L'angoisse nait du fait qu'on a aucun mal à croire à l'existence d'un quartier horrible comme celui de Tommy. Hélas. Un endroit qui n'est pas bon pour élever un enfant, comme il le dira lui-même. Tout dans sa situation relève de la vulnérabilité et on ne cesse de s'inquiéter pour lui et sa môme. L'appartement (miteux) où il vit donne de plein-pied sur la rue et la porte d'entrée, aux parois de verre, semble être une bien fragile protection contre les agressions qui semblent capables de surgir de la rue à tout moment. Tommy, et nous avec, vivons dans la terreur de voir apparaître une silhouette menaçante à travers la porte de verre.
 
Une autre excellente idée du film est de nous présenter la peur comme étant quelque chose qui a une couleur et une odeur. La psychologue qui suit Tommy n'hésite pas à lui dire que tout dans sa posture, ses gestes, relève de la victime et attire les potentiels prédateurs comme des loups attirés par le sang. C'est la peur qu'éprouve la victime qui lance le prédateur à ses trousses.
 
Aneurin Barnard ( l'acteur qui incarne Tommy, une sorte d'Elijah Wood en plus grand) est très convaincant dans le rôle : avec ses cernes sous les yeux, lourdes comme des bouteilles de butane ( merci Francis !), son teint blafard, sa posture de traumatisé et la permanente tension dans son langage corporel, l'acteur semble avoir tout compris du personnage.
 
N'oublions pas de parler de deux autres personnages importants : l'infirmière ( Marie) et le prêtre. Marie ( jouée par Wunmi Mosaku, actrice jusque là inconnue pour moi mais qui apparemment a pas mal tourné dernièrement, notamment dans des blockbusters) croit naïvement que tous les délinquants n'ont besoin que de compassion, d'écoute, pour que le danger qu'ils représentent pour la société soit désamorcé. C'est un personnage animé d'excellentes intentions mais un peu trop angélique. Il n'est pas bon d'être aussi optimiste qu'elle l'est : ça en devient dangereux.
 
Quant au prêtre ( James Cosmo, le Jeor Mormont de Games of Thrones) il s'agit d'un personnage extrêmement marginal. Tout le monde le croit fou. Il se croit abandonné de Dieu. On parle là d'un prêtre adepte de l'autodéfense, s'exprimant avec un vocabulaire à ne pas mettre à portée d'oreille du premier enfant de choeur venu ! Contrairement à Marie, le prêtre ne croient pas que les encapuchonnés puissent être sauvés : il les voient comme des dégénérés, des démons qu'il faut détruire.





Ciaran Foy sait parfaitement mener son film jusqu'à son climax. Le black out électrique qui laisse le quartier dans le noir n'est rien d'autre que la plongée dans les ténèbres que s'apprête à faire Tommy.  Et, admettons-le bien volontiers, la cité en tant que coeur des ténèbres, en tant que repaire du Mal, est particulièrement crédible et flippante. Jusqu'au bout Citadel se montrera intéressant, par sa tension permanente et par l'évolution du personnage de Tommy notamment. Mais ce que le film a à dire par rapport aux problèmes qu'il soulève est aussi, pour le spectateur, à chercher du côté de Marie et du prêtre. Quelque part entre ces deux personnages doit se trouver la réponse la plus juste. Marie symbolise l'excès en bons sentiments, l'angélisme qui conduit sans le savoir à la politique de l'autruche. Le prêtre, lui ,incarne une solution beaucoup plus lucide mais extrême. Le film n'hésite pas à nous dire que cette ultra-violence est comme une maladie contagieuse. Quiconque reste en contact trop longtemps avec ce "virus" est condamné. Comme s'il arrivait un moment, un stade trop avancé dans le mal et la corruption, qui ne permettrait plus de faire demi-tour. Un moment où on ne pourrait plus être sauvé.




 
 

Bad Moon ( 1996) de Eric Red

Alors qu'il sont en pleine expédition au Népal, Ted Harrison et sa petite amie Marjorie, vont être sauvagement attaqués par un ...