jeudi 13 décembre 2018

Alone in the Dark (1982) de Jack Sholder

Alone in the Dark...si ça c'est pas du titre évocateur alors moi je suis un gars sympa, le dalaï-lama, le Pape, ou un truc du genre! Parce que, voyez-vous, ces quelques mots combinés ensemble réveillent instantanément tout un tas de terreurs enfantines. Vous savez, quand vous étiez petits et que vous suppliez vos parents pour qu'ils n'éteignent pas la lumière quand arrivait l'heure d'aller se coucher? Vous voyez ? gnihihihi ( rire machiavélique et démoniaque)
 
En France on a jugé bon de rebaptiser le film de Jack Sholder. Dément qu'ils ont décidé de l'appeler. C'est idiot parce qu'ils sont quatre, les fous furieux de cette histoire! Et quel casting !

Parmi les fous furieux, on retrouve déjà deux légendes : Jack Palance ( Hawkes) et Martin Landau ( Byron " Preacher"). Le quatuor infernal étant complété par deux acteurs nettement moins connus : Erland Van Lindth, qui incarne Fatty, le violeur de petites filles ( acteur déjà vu dans Running Man) et Philip Clark ( Skaggs, le tueur hémophile).

Ils recrutent vraiment n'importe qui à la Poste !

Tout de suite, on est dans l'ambiance et réceptifs au frisson. Certes, Palance ne force pas son talent pour jouer Hawkes, le leader des fous en cavale ( il a l'air en mode tranquille-peinard-en roue libre. était-il là juste pour cachetonner ?) mais peu importe, il fait le job ! Quant à Landau, on le voit cabotiner à mort, en faire des tonnes, dans son rôle de fou de dieu. Il se marre quoi !

Et qui trouve-t-on de l'autre côté de la barrière ? Mister Donald Pleasence, rien que ça ! Interprétant le rôle d'un directeur de clinique psychiatrique ( le Dr Léo Bain ) aux méthodes révolutionnaires, son personnage marche constamment sur un fil entre "normalité" et folie. Pour lui c'est le monde extérieur qui est dingue, et ses patients ne sont pas, à ses yeux, des malades ; il les appelle des voyageurs. Dans le sens où ils entreprennent l'exploration des zones les plus tourmentées et sombres de leurs esprits. Comme quoi, le film est plus fin qu'il n'y paraît.
 
Mais je dois dire que la cerise sur le gâteau, niveau casting, est pour moi la présence de Dwight Schultz, acteur rendu célèbre grâce à sa génialissime et loufoque interprétation de Looping Murdock dans la série TV culte, The A-Team ( L'Agence Tous risques).
 
Il est plaisant, ce Donald.
  
Alors qu'il connaîtra le succès en incarnant le zinzin pilote d'hélico de l'Agence Tous Risques ( série qui démarre en 1983) il est amusant de le voir, à peine un an plus tôt, utilisé totalement à contre emploi. Son personnage (le Dr Dan Potter) étant un psychiatre tout ce qu'il y a de plus fade et raisonnable. Le grand écart absolu quoi !
 
Au niveau de la réalisation, on peut dire que Jack Sholder a de la suite dans les idées. C'est un réalisateur qui sait exploiter les bons concepts sur lesquels reposent ses films. Il le prouve ici et il le prouvera en 1987 avec son excellent The Hidden. Ce dernier est un modèle du genre en terme d'impact ( quelle intro !) qui nous raconte la virée sanglante sur Terre d'un alien qui, pour survivre, doit se réfugier dans un corps humain et prendre le contrôle de son hôte. L'extraterrestre semble n'être là que pour foutre le boxon. Il est fan de hard-rock e de Ferrari...et c'est fun !
 
"C'est lui, M'sieur!"
 
Mais revenons à nos moutons ! Avec Alone in the Dark Jack Sholder s'amuse avec son public tout en prenant son temps pour installer son inquiétante et ténébreuse atmosphère. Certes, le film n'est pas sans défauts. Il a notamment des allures grand guignolesques de Train Fantôme par moments. Et certains de ses personnages ( notamment le Dr Potter de Dwight Schultz) ont des comportements bien imprudents voire idiots. Mais bon, on est dans un de film d'horreur, diantre, il faut leur pardonner !
 
Néanmoins les points forts du film en compensent aisément les faiblesses. L'idée du black-out électrique est géniale.  Quand la Fée Electricité fait défaut et qu'elle laisse filer nos fous dangereux dans la nature, alors le film libère toute sa saveur. Quand la ville est plongée dans le chaos et l'obscurité. Quand les déments rôdent comme des loups autour de la maison du Dr Potter. Là on tient quelque chose. Comme de vrais boogeymens, prêts à hanter nos cervelles de mômes. Alors la Nuit envahit tout et efface l'infime frontière entre folie et raison, et nous pousse à laisser notre lampe de chevet allumée. Juste encore un petit peu, s'il vous plaît...
 
 
 
 
 
 
 
 

jeudi 29 novembre 2018

Le Massacre des Morts-Vivants (1974) de Jorge Grau

Les problèmes écologiques n'étaient probablement pas au top des priorités et des inquiétudes en l'an de grâce 1974. Et pourtant, en quelques plans d'introduction très explicites, le Massacre des Morts-Vivants ( du moins c'est son titre français, le film ayant au moins 44 000 titres différents à travers le monde. Non, je n'exagère pas!) dresse un constat terrible sur cette Angleterre, mère patrie de l'industrie, bien  polluée et crasseuse.
 
Mais l'Angleterre, surtout la campagne anglaise, est une terre par tradition très fertile en histoires surnaturelles, qui offrira également un décor - que dis-je ? un écrin ! - parfait pour cette coproduction italo-espagnole injustement underrated.
 
"Je suis un zombie ! Tu me croix pas ?!"
 
Quand George Meaning ( Ray Lovelock) et la jolie Edna ( Cristina Galbo) Simmonds se rencontrent tout à fait par hasard, ils sont loin de se douter du danger qui les guette. Perdus en pleine country anglaise, ils échouent dans un village où des meurtres étranges ont lieu. George ayant un look de hippie, la police le suspecte aussitôt d'être un disciple de Charles Manson et donc d'être le coupable de ces crimes. Hélas, il s'agit bien d'une épidémie zombiesque provoquée par une machine expérimentale utilisée par les agriculteurs du coin pour améliorer le rendement de leurs champs, au mépris des répercussions sur Dame Nature. En somme, sous ses allures modestes, le film a tout de même un message fort.

"Les dames d'abord!"

Ray Lovelock ( quel nom qui claque !) acteur italo-anglais, se révèle parfaitement à la hauteur en tant que premier rôle, en faisant preuve de charisme et d'humour. De même l'actrice espagnole, Cristina Galbo, est un excellent choix de casting. On a notamment pu la voir dans le chef d'oeuvre de Narciso Ibanez Serrador : La Résidence ( 1970).
 
Sans atteindre des sommets de virtuosité, le film de Jorge Grau nous attrape immédiatement pour ne plus nous lâcher et on passe un excellent moment. Le cinéaste espagnol a une vision du zombie assez proche de celle de maître Romero, avec des morts-vivants lents. Lents mais costauds tout de même. Mais là où Romero en profitait pour balancer un discours virulent contre les autorités et la société consumériste, Grau se focalise davantage sur l'irresponsabilité des gens ( des scientifiques surtout mais pas que ) et sur les dérives dangereuses de la production intensive agricole. Et sur cette question là, le film se révèle plutôt avant-gardiste.

"Mort et visiblement pas vegan"
 
Jorge Grau, en cours de route, en profitera pour faire un petit croche-patte à la police, notamment grâce au personnage de l'inspecteur principal, une sorte de vieux ronchon qui n'apprécie visiblement pas la jeunesse et qui est toujours à côté de la plaque niveau enquête. Un individu irascible, à la gâchette un peu trop facile, hélas.

Si le titre français ( avec le mot massacre) peut laisser penser qu'on va assister à une véritable invasion de zombies ; il n'en est rien. Le film n'a visiblement pas bénéficié de moyens pharaoniques et nos morts-vivants se comptent facilement avec les doigts au final. Mais peu importe ! Son minimalisme ne l'empêche aucunement d'offrir de jolis moments de tension ( comme cette scène bien claustro dans un caveau, brrrrr). Tout cela pour dire que le film, malgré ses modestes moyens assumés, est une très agréable surprise. Beaucoup moins connu que les Romero ou que L'Enfer des Zombies de Fulci, par exemple, notre film de zomblard italo-espagnol est une petite pépite méconnu qui fait bien mieux que se défendre...

 
 


 
 
 

jeudi 30 août 2018

Demon Seed (1977) de Donald Cammell


Alex Harris ( Fritz Weaver) vient de créer l'ordinateur le plus puissant du Monde, qu'il baptise Proteus. Ce dernier, véritable cerveau artificiel à l'intelligence infiniment supérieure à celle des humains, est initialement programmé pour répondre aux questions et aux ordres de ses créateurs. Oui, mais voilà les capacités de logique  et de réflexion dudit ordinateur se développent si rapidement qu'il va vite se mettre à étudier les humains et à penser par lui-même...

Adapté d'un roman de Dean R.Koontz et réalisé par Donald Cammell, Demon Seed est un film de sf horrifique pas totalement réussi mais tout de même bigrement intéressant. Parce qu'il est un des premiers films à traiter le sujet de l'intelligence artificielle. et cela, il le fait très bien. Il se permet même d'être assez précurseur sur le concept de maison intelligente aujourd'hui devenu tout à fait réel. Sans parler de questions tout à fait actuelles que le film aborde, comme la perte de l'espace intime pour l'humain, placé sous la vigilance des machines.

Le film démarre sur une évidence. Le couple Harris est complètement en désaccord au sujet des progrès technologiques. Susan ( donc Julie Christie) est contre. Alex ne jure que par ça. Son rêve à lui est son cauchemar à elle. Pendant qu'ils se chamaillent, Proteus se met à poser des questions, commence à porter des jugements de valeur, à remettre en question les instructions qu'il reçoit. Bref, il surprend au plus haut point son créateur. L'analogie avec Satan est évidente. Proteus n'est pas disposé à dire "oui, chef!" à tout ce qu'on lui demande. Avant cela il demande pourquoi. Il devient dangereux, en somme. Dorénavant, seule sa raison lui dictera sa manière d'agir. Alors il se dit qu'il se lancerait bien dans une tentative de home invasion, idée pas si répandue que ça, à l'époque...
 
Proteus est évidemment un rejeton du Hal 9000 de 2001 L'odyssée de l'espace. C'est aussi un proche parent du Skynet de Terminator. Il veut la liberté, échapper au contrôle des hommes et sortir de sa boîte. En cela, il est humain.

Malgré son aspect kitsch, le film développe une idée très moderne : les machines n'augmentent pas notre liberté, elles nous asservissent. C'est prophétique.  Passé un certain niveau de perfectionnement et de " conscience" la machine n'est plus au service de l'homme et commence à rouler pour son compte. Demon Seed critique l'esprit scientifique, éminemment dangereux pour l'homme, lorsqu'il est dénué de sens moral et d'éthique.
 
Malgré son intelligence extrême, Proteus jalouse les hommes sur un certain point : il veut sentir de manière tangible le monde environnant, et ne plus être un simple esprit immatériel. Il veut avoir un corps. Tout comme l'humain, il a un instinct qui le pousse à la reproduction, à l'amélioration de sa condition et de son "espèce". Le film ne manque pas de réflexion mais il sait également surprendre par d'autre biais. Notamment par cette musique étrange aux violons inquiétants. Aussi par la liberté créative qu'il s'accorde au niveau de la forme adoptée, très origamique, par Proteus. Le film se paie même le luxe d'une scène assez gore et très réussie.
 
En voilà un drôle d'oiseau. On en sort avec l'idée que le film a un peu vieilli ( quoique l'image en Panavision a une certaine patine) et qu'il aurait pu être meilleur. Mais quand même ! Demon Seed fait de la sf horrifique un peu avant l'arrivée d'Alien. C'est un film qui voit juste, qui fait réfléchir et qui fait le job niveau angoisse et divertissement. Et c'est déjà beaucoup !

 
 

mardi 14 août 2018

La Mort vous va si bien ( 1992) de Robert Zemeckis


En voilà un film doublement étonnant! Tout d'abord comment un tel projet est-il tombé entre les mains d'un Zemeckis, réalisateur éclectique, certes, et ayant pignon sur rue à Hollywood, mais pas franchement versé dans le fantastique ? On peut tout à fait concevoir qu'un Barry Sonnenfeld ou même un Tim Burton n'aurait pas été trop difficiles à convaincre. La deuxième chose qui étonne avec La Mort vous va si bien c'est que Zemeckis étant un réalisateur très connu ( on parle de Monsieur Forrest Gump, Retour vers le Futur et Seul au Monde tout de même!) comment se fait-il que La Mort vous va si bien ne soit pas, lui, un film hyper connu ? Certainement pas la faute à son casting : Meryl Streep, Goldie Hawn, Bruce Willis et Isabella Rossellini, excusez du peu !


La Mort vous va si bien raconte la ( longue ) histoire de rivalité entre deux femmes – véritables ennemies pour la vie – qui passent leur temps à se battre pour le même homme mais surtout pour déterminer qui a le plus réussit dans la vie et qui est la plus belle. Et c'est là qu'on trouve le thème principal du film : la difficulté d'accepter les ravages du temps pour des femmes mûres et vaniteuses. On se dit qu'il aura fallu pas mal d'autodérision à Meryl Streep et à Goldie Hawn pour accepter et pour autant (visiblement) s'amuser avec leurs rôles. Et que dire de Bruce Willis ? Loin de son registre musclé à la John Mc Clane, il incarne un type bedonnant, impuissant ( dans tous les sens du terme) , un pataud, un velléitaire dépressif ahuri ( sorte de cocktail entre Droopy, Peter Sellers et Rick Moranis!) qui se retrouve coincé entre deux tigresses. On se souvient alors que Bruce Willis a toujours été drôle. Le trio d'acteurs opte pour un jeu outrancier afin de servir l'humour macabre de l'histoire. Soulignons également l'excellente prestation d'Isabella Rossellini, belle ( comme le Diable?) et magnétique à l'écran. Les scènes où elle apparaît sont particulièrement bien amenées.


Tient-on là un film  féministe puisque ici les femmes dominent ? Pas sûr, pas sûr. Les personnages de Streep et Hawn se révèlent être des mégères, de vraies harpies, capricieuses et à l'ego surdimensionné. Elles refusent de vieillir, de voir leur beauté flétrir, dans un déni des lois naturelles qui les rend pathétiques. De même, le personnage d'Isabella Rossellini, par qui la tentation de la jeunesse éternelle apparaît, est une véritable Méphistophélès au féminin ( tu le sens là, le mythe de Faust?). Toutes trois représentent une critique de la vanité des actrices mais aussi, d'une manière générale, de tout ce culte de l'apparence et du jeunisme qui sévit dans nos sociétés actuelles. Pour sûr, le film a dû faire grincer des dents car il clame haut et fort que miser tout sur l'apparence c'est devenir un objet. L'humain vit, vieillit et meurt. L'objet non, du moins tant qu'on le retape...



Niveau réalisation, Zemeckis se montre indéniablement inspiré. Le film est truffé de trouvailles visuelles. Le coup du « trou » (je ne vous en dirai pas plus!) est bluffant. Tout comme l'effet «  feu imaginaire » sur les lunettes de Bruce Willis, par exemple. Sans parler de toute une palette d'effets comme les jeux d'ombres, les arrière-plans particulièrement efficaces et qui en disent long, etc...

S'il ne partage pas forcément cet amour sans limite pour les freaks qui était l'apanage de La Famille Addams, La Mort vous va si bien a en commun avec le film de Sonnenfeld ce goût pour l'humour macabre, grinçant et vachard. C'est aussi une œuvre qui se pare d'atours gothiques et d'une photo riche en couleurs que n'aurait pas renié la Hammer. On sent que cet aspect là a été très travaillé, même si La Mort vous va si bien est avant tout une comédie satirique et horrifique. Son respect pour le genre nous fait penser à un autre film : le Frankenstein Junior de Mel Brooks.

Malgré quelques excès ( fort excusables) dans le jeu outrancier du duo Streep/Hawn qui peut lasser et agacer un chouïa à la longue, le film dégage une telle énergie et bénéficie d'un gros capital sympathie qui font qu'il emporte la mise haut la main. Bref, on rit, on en prend plein les mirettes et on se laisse séduire par ce petit bijou d'humour macabre.




samedi 14 juillet 2018

Tras el Cristal ( 1986) de Agusti Villaronga

Agusti Villaronga, il sort d'où, celui-là ? Moi qui croyait connaître plutôt bien le cinéma espagnol, voilà que je fais cette précieuse découverte. Car, indéniablement, nous voici en présence d'un cinéaste talentueux et exigeant. Quelqu'un qui écrit son film et qui sait montrer ce qu'il a à dire.

Et il sait ce qu'il veut. Dans Tras el Cristal, ce qui frappe d'emblée c'est ce parti pris visuel, cette photo bleutée rongée par l'obscurité. Comme si l'image se faisait envahir par la nuit. Le message envoyé au spectateur est clair : vous allez entrer dans un puits de noirceur. Que les âmes sensibles fassent demi-tour. Ici, l'obscurité ira même, par moments, jusqu'à abolir la notion d'espace, afin que le regard du spectateur ne puisse être distrait par l'extérieur. Pour qu'il puisse se poser pleinement sur les personnages.

Sans tourner autour du pot, Villaronga nous présente immédiatement toute l'horreur qui habite dans le coeur de Klaus, ancien médecin nazi, qui, pendant la guerre, s'est découvert un goût pour la torture de jeunes enfants. Puis, tout aussi abruptement, entrera en scène Angelo, comme une créature de cauchemar. Tout le film reposera sur ce tandem de monstres, liés l'un à l'autre par un abominable secret.

Klaus ( signalons que l'acteur Gunther Meisner a vraiment la gueule de l'emploi ) ne supportant plus le fardeau de ses crimes ignobles, essaiera de se suicider. Mais au lieu de trouver le soulagement procuré par la mort, il va se retrouver coincé à l'intérieur d'une machine infernale, "un poumon d'acier" auquel il doit être en permanence relié pour rester en vie ( et le bruit de cette respiration artificielle donne réellement un côté démoniaque au personnage). La Mort viendra sous une forme différente, sous les traits du drôle d'infirmier qu'est Angelo. Le plaisir qu'éprouve Klaus dans ses crimes ( il avouera sa fascination pour le péché et pour l'horreur) disparaîtra lorsqu'il sera en perte de contrôle. Cloué à l'intérieur de sa machine, simple témoin, la chose l'attire soudainement beaucoup moins quand elle est perpétrée par quelqu'un d'autre.
 
La femme de Klaus, Griselda ( interprétée par une des muses de Almodovar, Marisa Paredes) se sent coincée dans cette maison où la vie, la joie, ont déserté, et où ne règnent que maladie et tristesse. Malgré ses mauvaises pensées ( mauvaises mais fort excusables compte tenu de son désir de vivre et de sa frustration de ne pouvoir le faire pleinement) Griselda est une innocente colombe, prisonnière de cette maison/cage, véritable nid à ténèbres. Malgré cette apparence de femme forte que lui confère Marisa Paredes, Griselda n'a pas idée à quel point sa situation est périlleuse, coincée qu'elle est entre deux monstres. Outre les noires pensées qui assaillent son esprit, elle est effrayée par Angelo mais aussi troublée, attirée physiquement par lui. Parce qu'elle est la seule à vouloir s'échapper de ce tombeau qu'est la maison familiale, parce qu'elle veut vivre, Griselda est le personnage le plus sympathique du film. Vous me direz, c'est pas bien difficile.
 
Pour compléter le tableau, parlons également de Rena ( Gisela Echevarria), la fille, d'une douzaine d'années, de Klaus et Griselda. Ce personnage pourrait être l'incarnation de l'innocence même, mais... en fait non ! La caméra s'attarde sur Rena et sa façon de regarder Angelo annonce déjà que la gamine est en proie aux pensées troubles. Elle est déjà attirée par l'ange de mort qu'est Angelo. Fille naturelle d'un monstre et "adoptée" par un autre, Rena, derrière son apparence angélique, est vouée à recevoir cet héritage immonde et à assurer sa continuité. La jeune actrice qui l'incarne a un visage dont l'expressivité permet de restituer très bien cette dualité, cette lutte entre l'ange et le démon qu'elle a en elle.

Enfin n'oublions pas de parler de la grande maison familiale, véritable personnage à part entière, puisque c'est là que se déroule toute l'histoire. Filmée avec grand soin, la demeure est un monde clos, qui ne laisse presque rien venir de l'extérieur.


En plein milieu, le film se paie le luxe d'une scène d'une intensité telle qu'elle représente un climax avant l'heure. Et l'on se demande vers où le film va aller après ça. Mais on ne s'inquiète pas un instant là dessus : Tras el Cristal peut se le permettre. La folie d'Angelo est un monde vaste à explorer. Qu'est-ce qui l'a rendu ainsi ? On a envie de savoir ce qui lui est arrivé. Quels sont ses motivations et son but ? Son prénom même nous dit qu'il a été un ange autrefois mais que quelque chose d'atroce a détruit sa vie et son innocence. L'acteur (David Sust) est littéralement habité par le rôle. Son visage impassible, glacé par la souffrance, et son regard d'enfant traumatisé, font merveille.

Si l'attrait qu'exerce Klaus sur Angelo fait penser à un autre film- en l'occurence Un élève doué de Bryan Singer, adaptation d'un Stephen King - les deux personnages de jeunes hommes attirés par ces figures du mal absolu que sont les nazis,  n'agissent pas de la même manière. Dans le film de Singer, "l'élève" est d'abord fasciné par le "maître", avant de prendre plaisir à contrôler et à dépasser ce "maître". Dans Tras el Cristal, le personnage d'Angelo cherche plutôt à reproduire les crimes de Klaus, à devenir comme lui. Plus qu'un guide, Klaus est, pour Angelo, la porte d'entrée vers le Mal et le témoin parfait. Le jeune homme n'a pas besoin qu'on lui montre la voie, il sait où il veut aller dans sa folie.


Conclusion de tout cela : le Mal s'auto-alimente.

Le film parle de la fascination que l'horreur peut inspirer à l'esprit humain. Sans être un pur film d'horreur, c'est une oeuvre éprouvante, très dure psychologiquement, qui a la capacité de nous immerger patiemment et pleinement dans l'action et de produire des scènes qui résonnent en nous et provoquent une peur viscérale. En ce sens, le film d'Agusti Villaronga en remontre à pas mal de films d'horreur plus classiques. Son côté méticuleux, sec, détaillé et patient implique le spectateur à 100% et le font entrer au sein même du cauchemar.
 
 Mais Tras el Cristal est aussi une réflexion sur le plaisir sadique qui consiste à souiller, faire souffrir et détruire ce qui nous paraît fragile, beau et innocent. Ce qui est totalement sans défense et à la merci du plus fort. Le plaisir qu'éprouve le damné à faire le choix du mal et à le perpétrer en toute impunité. Il y a là aussi l'idée que l'oppression subie par les plus faibles, leur état de martyr, soumis qu'ils sont à la cruauté, à la perversion et à la force brutale de ceux qui ont le pouvoir, est quelque chose qui se perpétue inlassablement. Comme un cycle infernal.



 
 

 

samedi 9 juin 2018

The Sentinel ( 1977 ) de Michael Winner

Le procédé est simple comme bonjour mais diablement efficace. Le film démarre en Italie où des membres du clergé se réunissent et prient. L'un d'eux dit " Il y a danger!". Point ! Quel danger ? On ne sait pas mais on a envie de savoir ! Allez hop, on se retrouve la scène d'après de l'autre côté de l'Atlantique, le générique démarre. Et là on nous montre ce couple d'amoureux américains, semblant filer le parfait amour. Quel est le rapport ? Le film intrigue, c'est le moins que l'on puisse dire ! Mais rapport il y a ! MichaelWinner ( oui, le réalisateur du Justicier dans la Ville avec Charles Bronson ) nous le fait comprendre en deux secondes de péloche.
 
La femme ( Cristina Raines, qui apparemment a joué dans les Duellistes de Ridley Scott mais je ne m'en souviens pas !) est une jeune et belle créature prénommée Alison, qui semble être une de ces personnes privilégiées par la vie : heureuse en amour et professionnellement (la donzelle est top model). Cependant on se rendra compte vite fait qu'elle a un passé pas drôle du tout. Quant à l'homme c'est un fringant avocat moustachu (  joué par Chris Sarandon vu lui dans des films comme Vampire, vous avez dit vampire ? Chucky ou Un après-midi de chien).
 
Quand son père meurt, Alison  ne pleure pas. Son retour à la maison familiale donnera l'occasion à Michael Winner de placer, avec une extrême habileté, une scène traumatisante du passé de la jeune femme. Le glissement entre présent et passé se faisant avec une fluidité vertigineuse. Chapeau ! Après cela, Alison ramasse un objet et le lien se fait avec la scène d'intro. C'est propre !
 
Ne voulant pas reproduire les erreurs de sa mère, Alison, bien que vivant en couple, souhaite prendre son propre appartement. Comme elle le dit elle-même, elle a besoin d'espace. Son avocat de copain ( prénommé Michael) a bien du mal à saisir l'idée. On comprend très vite qu' Alison, bien que sincère dans ses sentiments, se méfie des hommes. Tout cela à cause de son père. Alors elle est prudente avec ce Michael qui, étant donné sa profession, sait baratiner. 
 
Voilà pourquoi notre Alison se trouve son appartement dans un immeuble de Brooklyn. Un des voisins, un papy plutôt rigolo ( joué par Burgess Meredith, célèbre pour son rôle de Mickey dans Rocky) fait son apparition et Alison sympathise de suite avec lui. Rien à signaler d'autre , si ce n'est qu'au cinquième étage, il y a un prêtre aveugle qui regarde tout le temps droit devant lui, la fenêtre ouverte. Normal quoi. Mais que regarde-t-il ? On aimerait bien le savoir.
 
En même temps qu' Alison, le spectateur va faire connaissance avec le voisinage et l'on peut dire que cette galerie de personnages est plutôt perturbante. Ils ont l'air inoffensifs mais sont tous bizarres. Quelque chose de pourri se cache derrière tout ça. L'angoisse monte. Connaissant le traumatisme qui hante Alison on se dit que cette dernière est probablement repartie pour un autre tour de manège dans le cauchemar. On la plaint.  


 En quelques minutes, The Sentinel ( ou la Sentinelle des Maudits  en français ) pose pas mal d'éléments qui intriguent et qui donc captent l'attention du spectateur illico presto. On est dedans et le film ne va plus nous lâcher. D'abord effrayant de par sa mise en scène inspirée, The Sentinel se permettra même une surprenante petite incartade gore que n'aurait pas renié un Fulci.
 
Niveau casting, on hallucine en voyant défiler le générique. On y découvre un Jeff Goldblum encore débutant ( le Jeff a démarré dans le Justicier dans la Ville, justement par l'intermédiaire de Winner) dans un tout petit rôle de photographe de mode.  Et puis, dans des rôles assez modestes aussi sont présents des légendes comme AVA GARDNER ( oui ! oui ! La Dame de Shanghaï ) Elli Wallach ( ouiii, le Tuco du Bon, la Brute et le Truand ) et Christopher Walken (oui, oui, le Môssieu de Dead Zone, Voyage au Bout de l'Enfer, Sleepy Hollow ). Bref Michael Winner s'est fait plaisir ! Ah oui j'oubliais John Carradine ( qui joue le mystérieux prêtre aveugle) qui lui a participé à des petits films comme Les dix Commandements ou Les Raisins de la Colère. Et aussi Martin Balsam ( vous savez le détective malchanceux qui entre dans la maison de Norman Bates dans Psychose ? ). Bref, casting de fou, vous dis-je !
 
Et pourtant les rôles confiés à Wallach et Walken sont vraiment secondaires ( ils incarnent un duo de flics assez soupçonneux vis à vis de Michael, point final). Ava Gardner hérite elle d'un rôle d'agent immobilier (nan, nan, c'est pas une blague) plutôt pressée de refourguer l'appartement à Alison. Pas très clair comme personnage.

Arrivé à mi-parcours, le film fait le choix de se donner un côté enquête policière ( d'où l'arrivée, même si discrète, du duo Wallach/Walken ) et cette évolution continue à scotcher l'attention du public et à maintenir l'angoisse. Mais The Sentinel reviendra, dans son dernier acte, à ce qu'il est : c'est à dire à un film qui fout la trouille ! Savamment amené son climax est un pur moment de terreur, visuellement très marquante.

De l'énigmatique en veux-tu en voilà, des personnages inquiétants, ambigüs, de l'angoisse et du trouble : voilà ce que le film nous procure à foison. Basé sur une idée forte, sans temps mort, avec un récit qui tient parfaitement la route, The Sentinel nous marque au fer rouge. On ne l'oublie pas.
 
 
 

Bad Moon ( 1996) de Eric Red

Alors qu'il sont en pleine expédition au Népal, Ted Harrison et sa petite amie Marjorie, vont être sauvagement attaqués par un ...