jeudi 30 août 2018

Demon Seed (1977) de Donald Cammell


Alex Harris ( Fritz Weaver) vient de créer l'ordinateur le plus puissant du Monde, qu'il baptise Proteus. Ce dernier, véritable cerveau artificiel à l'intelligence infiniment supérieure à celle des humains, est initialement programmé pour répondre aux questions et aux ordres de ses créateurs. Oui, mais voilà les capacités de logique  et de réflexion dudit ordinateur se développent si rapidement qu'il va vite se mettre à étudier les humains et à penser par lui-même...

Adapté d'un roman de Dean R.Koontz et réalisé par Donald Cammell, Demon Seed est un film de sf horrifique pas totalement réussi mais tout de même bigrement intéressant. Parce qu'il est un des premiers films à traiter le sujet de l'intelligence artificielle. et cela, il le fait très bien. Il se permet même d'être assez précurseur sur le concept de maison intelligente aujourd'hui devenu tout à fait réel. Sans parler de questions tout à fait actuelles que le film aborde, comme la perte de l'espace intime pour l'humain, placé sous la vigilance des machines.

Le film démarre sur une évidence. Le couple Harris est complètement en désaccord au sujet des progrès technologiques. Susan ( donc Julie Christie) est contre. Alex ne jure que par ça. Son rêve à lui est son cauchemar à elle. Pendant qu'ils se chamaillent, Proteus se met à poser des questions, commence à porter des jugements de valeur, à remettre en question les instructions qu'il reçoit. Bref, il surprend au plus haut point son créateur. L'analogie avec Satan est évidente. Proteus n'est pas disposé à dire "oui, chef!" à tout ce qu'on lui demande. Avant cela il demande pourquoi. Il devient dangereux, en somme. Dorénavant, seule sa raison lui dictera sa manière d'agir. Alors il se dit qu'il se lancerait bien dans une tentative de home invasion, idée pas si répandue que ça, à l'époque...
 
Proteus est évidemment un rejeton du Hal 9000 de 2001 L'odyssée de l'espace. C'est aussi un proche parent du Skynet de Terminator. Il veut la liberté, échapper au contrôle des hommes et sortir de sa boîte. En cela, il est humain.

Malgré son aspect kitsch, le film développe une idée très moderne : les machines n'augmentent pas notre liberté, elles nous asservissent. C'est prophétique.  Passé un certain niveau de perfectionnement et de " conscience" la machine n'est plus au service de l'homme et commence à rouler pour son compte. Demon Seed critique l'esprit scientifique, éminemment dangereux pour l'homme, lorsqu'il est dénué de sens moral et d'éthique.
 
Malgré son intelligence extrême, Proteus jalouse les hommes sur un certain point : il veut sentir de manière tangible le monde environnant, et ne plus être un simple esprit immatériel. Il veut avoir un corps. Tout comme l'humain, il a un instinct qui le pousse à la reproduction, à l'amélioration de sa condition et de son "espèce". Le film ne manque pas de réflexion mais il sait également surprendre par d'autre biais. Notamment par cette musique étrange aux violons inquiétants. Aussi par la liberté créative qu'il s'accorde au niveau de la forme adoptée, très origamique, par Proteus. Le film se paie même le luxe d'une scène assez gore et très réussie.
 
En voilà un drôle d'oiseau. On en sort avec l'idée que le film a un peu vieilli ( quoique l'image en Panavision a une certaine patine) et qu'il aurait pu être meilleur. Mais quand même ! Demon Seed fait de la sf horrifique un peu avant l'arrivée d'Alien. C'est un film qui voit juste, qui fait réfléchir et qui fait le job niveau angoisse et divertissement. Et c'est déjà beaucoup !

 
 

mardi 14 août 2018

La Mort vous va si bien ( 1992) de Robert Zemeckis


En voilà un film doublement étonnant! Tout d'abord comment un tel projet est-il tombé entre les mains d'un Zemeckis, réalisateur éclectique, certes, et ayant pignon sur rue à Hollywood, mais pas franchement versé dans le fantastique ? On peut tout à fait concevoir qu'un Barry Sonnenfeld ou même un Tim Burton n'aurait pas été trop difficiles à convaincre. La deuxième chose qui étonne avec La Mort vous va si bien c'est que Zemeckis étant un réalisateur très connu ( on parle de Monsieur Forrest Gump, Retour vers le Futur et Seul au Monde tout de même!) comment se fait-il que La Mort vous va si bien ne soit pas, lui, un film hyper connu ? Certainement pas la faute à son casting : Meryl Streep, Goldie Hawn, Bruce Willis et Isabella Rossellini, excusez du peu !


La Mort vous va si bien raconte la ( longue ) histoire de rivalité entre deux femmes – véritables ennemies pour la vie – qui passent leur temps à se battre pour le même homme mais surtout pour déterminer qui a le plus réussit dans la vie et qui est la plus belle. Et c'est là qu'on trouve le thème principal du film : la difficulté d'accepter les ravages du temps pour des femmes mûres et vaniteuses. On se dit qu'il aura fallu pas mal d'autodérision à Meryl Streep et à Goldie Hawn pour accepter et pour autant (visiblement) s'amuser avec leurs rôles. Et que dire de Bruce Willis ? Loin de son registre musclé à la John Mc Clane, il incarne un type bedonnant, impuissant ( dans tous les sens du terme) , un pataud, un velléitaire dépressif ahuri ( sorte de cocktail entre Droopy, Peter Sellers et Rick Moranis!) qui se retrouve coincé entre deux tigresses. On se souvient alors que Bruce Willis a toujours été drôle. Le trio d'acteurs opte pour un jeu outrancier afin de servir l'humour macabre de l'histoire. Soulignons également l'excellente prestation d'Isabella Rossellini, belle ( comme le Diable?) et magnétique à l'écran. Les scènes où elle apparaît sont particulièrement bien amenées.


Tient-on là un film  féministe puisque ici les femmes dominent ? Pas sûr, pas sûr. Les personnages de Streep et Hawn se révèlent être des mégères, de vraies harpies, capricieuses et à l'ego surdimensionné. Elles refusent de vieillir, de voir leur beauté flétrir, dans un déni des lois naturelles qui les rend pathétiques. De même, le personnage d'Isabella Rossellini, par qui la tentation de la jeunesse éternelle apparaît, est une véritable Méphistophélès au féminin ( tu le sens là, le mythe de Faust?). Toutes trois représentent une critique de la vanité des actrices mais aussi, d'une manière générale, de tout ce culte de l'apparence et du jeunisme qui sévit dans nos sociétés actuelles. Pour sûr, le film a dû faire grincer des dents car il clame haut et fort que miser tout sur l'apparence c'est devenir un objet. L'humain vit, vieillit et meurt. L'objet non, du moins tant qu'on le retape...



Niveau réalisation, Zemeckis se montre indéniablement inspiré. Le film est truffé de trouvailles visuelles. Le coup du « trou » (je ne vous en dirai pas plus!) est bluffant. Tout comme l'effet «  feu imaginaire » sur les lunettes de Bruce Willis, par exemple. Sans parler de toute une palette d'effets comme les jeux d'ombres, les arrière-plans particulièrement efficaces et qui en disent long, etc...

S'il ne partage pas forcément cet amour sans limite pour les freaks qui était l'apanage de La Famille Addams, La Mort vous va si bien a en commun avec le film de Sonnenfeld ce goût pour l'humour macabre, grinçant et vachard. C'est aussi une œuvre qui se pare d'atours gothiques et d'une photo riche en couleurs que n'aurait pas renié la Hammer. On sent que cet aspect là a été très travaillé, même si La Mort vous va si bien est avant tout une comédie satirique et horrifique. Son respect pour le genre nous fait penser à un autre film : le Frankenstein Junior de Mel Brooks.

Malgré quelques excès ( fort excusables) dans le jeu outrancier du duo Streep/Hawn qui peut lasser et agacer un chouïa à la longue, le film dégage une telle énergie et bénéficie d'un gros capital sympathie qui font qu'il emporte la mise haut la main. Bref, on rit, on en prend plein les mirettes et on se laisse séduire par ce petit bijou d'humour macabre.




samedi 14 juillet 2018

Tras el Cristal ( 1986) de Agusti Villaronga

Agusti Villaronga, il sort d'où, celui-là ? Moi qui croyait connaître plutôt bien le cinéma espagnol, voilà que je fais cette précieuse découverte. Car, indéniablement, nous voici en présence d'un cinéaste talentueux et exigeant. Quelqu'un qui écrit son film et qui sait montrer ce qu'il a à dire.

Et il sait ce qu'il veut. Dans Tras el Cristal, ce qui frappe d'emblée c'est ce parti pris visuel, cette photo bleutée rongée par l'obscurité. Comme si l'image se faisait envahir par la nuit. Le message envoyé au spectateur est clair : vous allez entrer dans un puits de noirceur. Que les âmes sensibles fassent demi-tour. Ici, l'obscurité ira même, par moments, jusqu'à abolir la notion d'espace, afin que le regard du spectateur ne puisse être distrait par l'extérieur. Pour qu'il puisse se poser pleinement sur les personnages.

Sans tourner autour du pot, Villaronga nous présente immédiatement toute l'horreur qui habite dans le coeur de Klaus, ancien médecin nazi, qui, pendant la guerre, s'est découvert un goût pour la torture de jeunes enfants. Puis, tout aussi abruptement, entrera en scène Angelo, comme une créature de cauchemar. Tout le film reposera sur ce tandem de monstres, liés l'un à l'autre par un abominable secret.

Klaus ( signalons que l'acteur Gunther Meisner a vraiment la gueule de l'emploi ) ne supportant plus le fardeau de ses crimes ignobles, essaiera de se suicider. Mais au lieu de trouver le soulagement procuré par la mort, il va se retrouver coincé à l'intérieur d'une machine infernale, "un poumon d'acier" auquel il doit être en permanence relié pour rester en vie ( et le bruit de cette respiration artificielle donne réellement un côté démoniaque au personnage). La Mort viendra sous une forme différente, sous les traits du drôle d'infirmier qu'est Angelo. Le plaisir qu'éprouve Klaus dans ses crimes ( il avouera sa fascination pour le péché et pour l'horreur) disparaîtra lorsqu'il sera en perte de contrôle. Cloué à l'intérieur de sa machine, simple témoin, la chose l'attire soudainement beaucoup moins quand elle est perpétrée par quelqu'un d'autre.
 
La femme de Klaus, Griselda ( interprétée par une des muses de Almodovar, Marisa Paredes) se sent coincée dans cette maison où la vie, la joie, ont déserté, et où ne règnent que maladie et tristesse. Malgré ses mauvaises pensées ( mauvaises mais fort excusables compte tenu de son désir de vivre et de sa frustration de ne pouvoir le faire pleinement) Griselda est une innocente colombe, prisonnière de cette maison/cage, véritable nid à ténèbres. Malgré cette apparence de femme forte que lui confère Marisa Paredes, Griselda n'a pas idée à quel point sa situation est périlleuse, coincée qu'elle est entre deux monstres. Outre les noires pensées qui assaillent son esprit, elle est effrayée par Angelo mais aussi troublée, attirée physiquement par lui. Parce qu'elle est la seule à vouloir s'échapper de ce tombeau qu'est la maison familiale, parce qu'elle veut vivre, Griselda est le personnage le plus sympathique du film. Vous me direz, c'est pas bien difficile.
 
Pour compléter le tableau, parlons également de Rena ( Gisela Echevarria), la fille, d'une douzaine d'années, de Klaus et Griselda. Ce personnage pourrait être l'incarnation de l'innocence même, mais... en fait non ! La caméra s'attarde sur Rena et sa façon de regarder Angelo annonce déjà que la gamine est en proie aux pensées troubles. Elle est déjà attirée par l'ange de mort qu'est Angelo. Fille naturelle d'un monstre et "adoptée" par un autre, Rena, derrière son apparence angélique, est vouée à recevoir cet héritage immonde et à assurer sa continuité. La jeune actrice qui l'incarne a un visage dont l'expressivité permet de restituer très bien cette dualité, cette lutte entre l'ange et le démon qu'elle a en elle.

Enfin n'oublions pas de parler de la grande maison familiale, véritable personnage à part entière, puisque c'est là que se déroule toute l'histoire. Filmée avec grand soin, la demeure est un monde clos, qui ne laisse presque rien venir de l'extérieur.


En plein milieu, le film se paie le luxe d'une scène d'une intensité telle qu'elle représente un climax avant l'heure. Et l'on se demande vers où le film va aller après ça. Mais on ne s'inquiète pas un instant là dessus : Tras el Cristal peut se le permettre. La folie d'Angelo est un monde vaste à explorer. Qu'est-ce qui l'a rendu ainsi ? On a envie de savoir ce qui lui est arrivé. Quels sont ses motivations et son but ? Son prénom même nous dit qu'il a été un ange autrefois mais que quelque chose d'atroce a détruit sa vie et son innocence. L'acteur (David Sust) est littéralement habité par le rôle. Son visage impassible, glacé par la souffrance, et son regard d'enfant traumatisé, font merveille.

Si l'attrait qu'exerce Klaus sur Angelo fait penser à un autre film- en l'occurence Un élève doué de Bryan Singer, adaptation d'un Stephen King - les deux personnages de jeunes hommes attirés par ces figures du mal absolu que sont les nazis,  n'agissent pas de la même manière. Dans le film de Singer, "l'élève" est d'abord fasciné par le "maître", avant de prendre plaisir à contrôler et à dépasser ce "maître". Dans Tras el Cristal, le personnage d'Angelo cherche plutôt à reproduire les crimes de Klaus, à devenir comme lui. Plus qu'un guide, Klaus est, pour Angelo, la porte d'entrée vers le Mal et le témoin parfait. Le jeune homme n'a pas besoin qu'on lui montre la voie, il sait où il veut aller dans sa folie.


Conclusion de tout cela : le Mal s'auto-alimente.

Le film parle de la fascination que l'horreur peut inspirer à l'esprit humain. Sans être un pur film d'horreur, c'est une oeuvre éprouvante, très dure psychologiquement, qui a la capacité de nous immerger patiemment et pleinement dans l'action et de produire des scènes qui résonnent en nous et provoquent une peur viscérale. En ce sens, le film d'Agusti Villaronga en remontre à pas mal de films d'horreur plus classiques. Son côté méticuleux, sec, détaillé et patient implique le spectateur à 100% et le font entrer au sein même du cauchemar.
 
 Mais Tras el Cristal est aussi une réflexion sur le plaisir sadique qui consiste à souiller, faire souffrir et détruire ce qui nous paraît fragile, beau et innocent. Ce qui est totalement sans défense et à la merci du plus fort. Le plaisir qu'éprouve le damné à faire le choix du mal et à le perpétrer en toute impunité. Il y a là aussi l'idée que l'oppression subie par les plus faibles, leur état de martyr, soumis qu'ils sont à la cruauté, à la perversion et à la force brutale de ceux qui ont le pouvoir, est quelque chose qui se perpétue inlassablement. Comme un cycle infernal.



 
 

 

samedi 9 juin 2018

The Sentinel ( 1977 ) de Michael Winner

Le procédé est simple comme bonjour mais diablement efficace. Le film démarre en Italie où des membres du clergé se réunissent et prient. L'un d'eux dit " Il y a danger!". Point ! Quel danger ? On ne sait pas mais on a envie de savoir ! Allez hop, on se retrouve la scène d'après de l'autre côté de l'Atlantique, le générique démarre. Et là on nous montre ce couple d'amoureux américains, semblant filer le parfait amour. Quel est le rapport ? Le film intrigue, c'est le moins que l'on puisse dire ! Mais rapport il y a ! MichaelWinner ( oui, le réalisateur du Justicier dans la Ville avec Charles Bronson ) nous le fait comprendre en deux secondes de péloche.
 
La femme ( Cristina Raines, qui apparemment a joué dans les Duellistes de Ridley Scott mais je ne m'en souviens pas !) est une jeune et belle créature prénommée Alison, qui semble être une de ces personnes privilégiées par la vie : heureuse en amour et professionnellement (la donzelle est top model). Cependant on se rendra compte vite fait qu'elle a un passé pas drôle du tout. Quant à l'homme c'est un fringant avocat moustachu (  joué par Chris Sarandon vu lui dans des films comme Vampire, vous avez dit vampire ? Chucky ou Un après-midi de chien).
 
Quand son père meurt, Alison  ne pleure pas. Son retour à la maison familiale donnera l'occasion à Michael Winner de placer, avec une extrême habileté, une scène traumatisante du passé de la jeune femme. Le glissement entre présent et passé se faisant avec une fluidité vertigineuse. Chapeau ! Après cela, Alison ramasse un objet et le lien se fait avec la scène d'intro. C'est propre !
 
Ne voulant pas reproduire les erreurs de sa mère, Alison, bien que vivant en couple, souhaite prendre son propre appartement. Comme elle le dit elle-même, elle a besoin d'espace. Son avocat de copain ( prénommé Michael) a bien du mal à saisir l'idée. On comprend très vite qu' Alison, bien que sincère dans ses sentiments, se méfie des hommes. Tout cela à cause de son père. Alors elle est prudente avec ce Michael qui, étant donné sa profession, sait baratiner. 
 
Voilà pourquoi notre Alison se trouve son appartement dans un immeuble de Brooklyn. Un des voisins, un papy plutôt rigolo ( joué par Burgess Meredith, célèbre pour son rôle de Mickey dans Rocky) fait son apparition et Alison sympathise de suite avec lui. Rien à signaler d'autre , si ce n'est qu'au cinquième étage, il y a un prêtre aveugle qui regarde tout le temps droit devant lui, la fenêtre ouverte. Normal quoi. Mais que regarde-t-il ? On aimerait bien le savoir.
 
En même temps qu' Alison, le spectateur va faire connaissance avec le voisinage et l'on peut dire que cette galerie de personnages est plutôt perturbante. Ils ont l'air inoffensifs mais sont tous bizarres. Quelque chose de pourri se cache derrière tout ça. L'angoisse monte. Connaissant le traumatisme qui hante Alison on se dit que cette dernière est probablement repartie pour un autre tour de manège dans le cauchemar. On la plaint.  


 En quelques minutes, The Sentinel ( ou la Sentinelle des Maudits  en français ) pose pas mal d'éléments qui intriguent et qui donc captent l'attention du spectateur illico presto. On est dedans et le film ne va plus nous lâcher. D'abord effrayant de par sa mise en scène inspirée, The Sentinel se permettra même une surprenante petite incartade gore que n'aurait pas renié un Fulci.
 
Niveau casting, on hallucine en voyant défiler le générique. On y découvre un Jeff Goldblum encore débutant ( le Jeff a démarré dans le Justicier dans la Ville, justement par l'intermédiaire de Winner) dans un tout petit rôle de photographe de mode.  Et puis, dans des rôles assez modestes aussi sont présents des légendes comme AVA GARDNER ( oui ! oui ! La Dame de Shanghaï ) Elli Wallach ( ouiii, le Tuco du Bon, la Brute et le Truand ) et Christopher Walken (oui, oui, le Môssieu de Dead Zone, Voyage au Bout de l'Enfer, Sleepy Hollow ). Bref Michael Winner s'est fait plaisir ! Ah oui j'oubliais John Carradine ( qui joue le mystérieux prêtre aveugle) qui lui a participé à des petits films comme Les dix Commandements ou Les Raisins de la Colère. Et aussi Martin Balsam ( vous savez le détective malchanceux qui entre dans la maison de Norman Bates dans Psychose ? ). Bref, casting de fou, vous dis-je !
 
Et pourtant les rôles confiés à Wallach et Walken sont vraiment secondaires ( ils incarnent un duo de flics assez soupçonneux vis à vis de Michael, point final). Ava Gardner hérite elle d'un rôle d'agent immobilier (nan, nan, c'est pas une blague) plutôt pressée de refourguer l'appartement à Alison. Pas très clair comme personnage.

Arrivé à mi-parcours, le film fait le choix de se donner un côté enquête policière ( d'où l'arrivée, même si discrète, du duo Wallach/Walken ) et cette évolution continue à scotcher l'attention du public et à maintenir l'angoisse. Mais The Sentinel reviendra, dans son dernier acte, à ce qu'il est : c'est à dire à un film qui fout la trouille ! Savamment amené son climax est un pur moment de terreur, visuellement très marquante.

De l'énigmatique en veux-tu en voilà, des personnages inquiétants, ambigüs, de l'angoisse et du trouble : voilà ce que le film nous procure à foison. Basé sur une idée forte, sans temps mort, avec un récit qui tient parfaitement la route, The Sentinel nous marque au fer rouge. On ne l'oublie pas.
 
 
 

samedi 19 mai 2018

La Cara Oculta ( 2011) de Andrés Baiz

Adrian, un jeune et séduisant chef d'orchestre au sein du Philharmonique de Bogota ( s'cusez du peu !) , vient de se faire plaquer par sa très ( mais alors très) jolie petite amie, Belen (Clara Lago). Il noie son chagrin dans un bar, à grands coups de whisky. Mais tout n'est pas perdu pour lui car il tape rapidement dans l'oeil d'une des serveuses, la très jolie aussi Fabiana ( Martina Garcia). Cette dernière semble ravie, bien que sincèrement attirée par Adrian ( Quim Gutierrez) d'avoir mis le grappin sur un type qui a de la plata comme on dit en Colombie. De l'oseille quoi. Sa relation avec Adrian va ouvrir à Fabiana les portes de la haute société.
 
Emerveillée elle l'est également par la magnifique maison de campagne dans laquelle vit Adrian ( certes en tant que locataire mais faut tout de même avoir les moyens).
 
Oui mais voilà, passé l'enchantement des premiers moments, la maison va vite paraître bizarre aux yeux de la toute nouvelle compagne du jeune chef d'orchestre. 
 
Des bruits étranges qui passent par la tuyauterie, par exemple. Ou bien ce miroir dans la chambre qui semble tellement la fasciner. Cette maison cache un secret, c'est sûr. Dehors, le tonnerre éclate un peu trop souvent pour être honnête.
 
La Cara Oculta est un film qui repose sur une idée très forte et astucieuse. Il y a indéniablement de la créativité et de la débrouillardise dans ce projet. C'est de là qu'il tire toute son originalité. Mais tâchons de faire attention de ne pas trop en dire...
 
Si la première partie, à travers le personnage de Fabiana, permet au film de se révéler très malin dans sa façon de jouer avec son public, la deuxième partie en flashback nous permet de connaître les raisons de la disparition de Belen. C'est elle qui détient le secret de la maison, secret qui lui a été confié par la propriétaire même des lieux.
 
La situation dans laquelle elle va se trouver provoque immédiatement un écho très fort chez le public, tant elle est liée à une de nos peurs les plus primitives. Là , le film nous scotche viscéralement. Mais ce n'est pas tout ! La Cara Oculta continue à nous surprendre au fur et à mesure que l'histoire avance. Il a plus d'une flèche à son arc. Une thématique très à la Edgar Poe, par exemple. D'autres questions très intéressantes sont posées : que ressent-on lorsqu'on assiste, impuissant, à la chose que l'on redoutait le plus ? Quel effet ça fait de découvrir comment réagissent les gens lorsqu'ils ne sont plus en train de jouer la comédie qui régit les rapports humains, lorsqu'ils sont parfaitement eux-mêmes ? L'effet vertigineux des réponses est garanti !
 
Le film se révèle un petit bijou de construction narrative, tellement toutes les pièces du puzzle s'emboîtent parfaitement. Cela créé une dynamique qui rend La Cara Oculta trépidant, sans oublier de toujours apporter cette petite touche de noirceur et de cruauté, cerise sur le gâteau !
 
Certes, la caméra d'Andrés Baiz n'est pas d'une virtuosité exceptionnelle mais c'est tout de même un réalisateur qui a le sens de l'image qui marque les esprits. Le garçon, même s'il a continué à travailler occasionnellement pour le cinéma après La Cara Oculta , semble maintenant plus tourné vers les séries télé. Dommage, le potentiel est là et on espère le revoir un jour aux manettes d'un bon projet ciné. Surtout que André Baiz a eu les cojones de doter son film d'un final bien cynique, même s'il est ouvert à l'interprétation de chacun. On ne baisse pas son froc ici ! On est pas chez les bisounours du cinéma mainstream hollywoodien!
N'oublions pas également l'aide précieuse de la musique classique ( présente ici bien naturellement à travers le personnage d'Adrian) ainsi que de la partition du compositeur Federico Jusid, très vivace, qui apporte sa pierre à l'édifice de ce film qui se dévore avec gourmandise.
 
La Cara Oculta prouve qu'avec des idées tout est possible, pas besoin forcément d'une montagne de billets pour faire un très bon film, contrairement à ce qui semble être la norme aujourd'hui. Ici pas d'acteurs hyper connus ( du moins internationalement. Même si Clara Lago s'est ouvert les portes d'Hollywood récemment avec un petit rôle dans le nouveau Liam Neeson) mais tout le monde fait le job. Et le résultat a sacrément de la gueule !
 
 
 
 
 

mardi 8 mai 2018

Under the skin ( 2013) de Jonathan Glazer

Sur des images de l'Espace, dignes d'un 2001 Odyssée de... l'Espace ...voilà comment démarre ce très beau film de Jonathan Glazer. Une voix féminine s'exerce à prononcer des syllabes puis des mots ; elle apprend à parler. Puis un mystérieux motard fait son apparition. Il récupère le corps inanimé d'une jeune femme sur le bord de la route. La pauvre malheureuse se fera dépouiller de ses vêtements, le tout filmé sur un fond blanc pas naturel du tout ! Et par qui se fait elle déshabiller? Par une réplique d'elle même ( Scarlett Johansson) ! Après un passage au centre commercial afin de s'équiper pour sa "mission", la réplique venue de l'Espace se verra confier les clefs d'une camionnette. Elle va pouvoir patrouiller dans les rues d'une grande ville écossaise, pour chasser le mâle ! Voilà pour le pitch.
 
Malgré le fait qu'il repose entièrement sur les épaules de la méga star hollywoodienne qu'est Scarlett Johansson, on ne peut pas dire qu' Under The Skin soit un film hyper connu. D'ailleurs son réalisateur n'avait pas à l'époque ( et n'a toujours pas à présent) une filmographie des plus fournies et reconnues. Ceci est dû, à mon avis, à l'extrême étrangeté que tout le film dégage. C'est une oeuvre essentiellement sensorielle et jusqu'au boutiste. Pas très mainstream tout ça ! Scarlett y livre une prestation minimaliste et d'une grande froideur, parfaitement adaptée à son personnage totalement dénué d'émotions et d'expressivité. 

Pour installer cette impression d'étrangeté Glazer utilise avec parcimonie la musique. La plupart du temps le seul accompagnement sonore auquel on a droit sont les bruits de la rue. Ce choix augmente l'effet d'immersion auprès du public et contribue au style épuré du film. Ce n'est que sur des moments clé que la musique ( de l'électro sombre ou des violons grinçants) entre en jeu avec un certain goût pour la dissonance et l'étrangeté, cela va de soi. 

Glazer se paie aussi de jolis moments d'expérimentation visuelle, comme par exemple des fonds noirs qui abolissent l'espace autour des personnages, créant par là un autre environnement, une autre dimension dans laquelle les proies de la Scarlett s'enfoncent inexorablement, comme s'ils se faisaient engloutir par des marécages invisibles. C'est visuellement fascinant et diablement audacieux.
 
Le réalisateur prend le temps de filmer les rues, les gens, et cela donne un aspect presque de documentaire, par moments. Ceci créé un intéressant contraste avec les moments plus clipesques et expérimentaux du film. Et le moins que l'on puisse dire c'est que Jonathan Glazer a le sens de l'image marquante et troublante. Tout, même le choix de l' Ecosse, semble avoir été pensé minutieusement. Car, même si Glazer montre un intérêt certain pour les paysages écossais, on peut se dire que l'accent écossais ( pour moi parfaitement incompréhensible !) participe également à la bizarrerie du film.
 
En se plaçant souvent dans la perspective de l'alien, le réalisateur nous tend un miroir pour nous montrer toute l'étrangeté du monde humain. Scarlett Johansson réussit parfaitement à nous transmettre l'idée que son personnage est intrigué et décontenancé par cette virée sur Terre. Se détournant de sa mission, elle va vouloir faire l'expérience de notre monde ( en faisant des trucs de fou genre essayer de manger une part de gâteau ou prendre le bus ! ).

De là viendra l'évolution du personnage. Elle se montrera capable de faire preuve de libre arbitre. Fascinée par le monde qu'elle découvre et par son enveloppe charnelle, elle désobéira. La sensualité de Scarlett Johansson fait ici des merveilles. Elle n'est peut être pas la plus grande actrice de tous les temps mais elle montre ici quand même une certaine capacité à changer de registre. Entre la Scarlett de Lost in Translation, Ghost in the Shell, Match Point et donc ce Under the skin, on peut dire qu'elle sait jouer des rôles variés.
 
Pour conclure, je dirais que peu de film nous assène un final aussi bluffant et magnifique, rendu encore plus efficace par le rythme lancinant de cette oeuvre inclassable. On espère donc que son réalisateur puisse donner suite à cet excellent travail.

 
 

Bad Moon ( 1996) de Eric Red

Alors qu'il sont en pleine expédition au Népal, Ted Harrison et sa petite amie Marjorie, vont être sauvagement attaqués par un ...