dimanche 3 novembre 2019

Daughters of Darkness ( 1971) de Harry Kumel

Tout juste sortis de l'église, un couple de jeunes mariés, en provenance de Suisse, voyage vers l'Angleterre afin que la jeune femme puisse être présentée à sa future belle-mère. Mais, par la force des choses, ils vont être obligés de faire escale au Grand Hôtel des Thermes de Ostende, en Belgique. C'est là qu'ils vont faire la connaissance de la très mystérieuse et fascinante Comtesse Bathory, accompagnée de sa secrétaire Ilona...

Daughters of Darkness ( ou Les Lèvres Rouges, titre français) est une coproduction franco-belgo-germanique réalisée en 1971 par Harry Kumel. Ce film est, avec Malpertuis ( une adaptation du roman de Jean Ray avec Orson Welles ) les deux grands faits d'armes du réalisateur belge. On peut dire que sur cette courte période Harry Kumel était particulièrement inspiré par le fantastique classieux. En effet, le reste de sa carrière semble plus modeste et moins tourné vers le genre qui nous intéresse.



Une des premières choses que j'ai à dire sur Les Lèvres Rouges est que c'est un film sur lequel j'ai longtemps fantasmé, étant donné qu'il était assez difficile de se le procurer. Dans ce cas là il arrive que l'on soit déçu quand, après tant d'attente, on finit par enfin pouvoir voir le film. Fort heureusement, ici ça n'est pas le cas.

La première chose marquante dans ce film arrive tout de suite : la musique. Le compositeur François de Roubaix a écrit un thème d'intro qui fait beaucoup penser à Ennio Morricone ( franchement ça passerait nickel dans un western spaghetti) avant d'évoluer vers quelque chose de plus bizarre et mélancolique. On comprend de suite qu'on vient d'embarquer là pour un voyage au bout de la nuit. Ou l'érotisme aura une place de choix.

Daughters of Darkness est un film de vampire atmosphérique avant tout. Le fantastique y est à peine suggéré, effleuré du bout de la caméra. Ce qui compte ici c'est le romantisme noir, la poésie et la rêverie. Et pour cela, le cadre du film joue un rôle essentiel. Le Grand Hôtel des Thermes d'Ostende est un décor parfait pour donner cette impression de parenthèse hors du temps qu'a le film. On est hors saison, il n'y a personne dans ce vaste et très bel hôtel à l'architecture du XIXème siècle. Bref, l'ambiance est très particulière.



Harry Kumel réussit ainsi à peaufiner de très beaux plans grâce à ce décor luxueux. Sans entrer dans les outrances baroques du giallo, on sent qu'il s'en inspire pour donner un côté chatoyant aux images qu'il filme. Il insistera aussi sur la plage déserte en face de l'hôtel pour renforcer ce sentiment de solitude et de mélancolie très palpable tout le long du film. C'est magnifique. On est comme dans une bulle. Comme dans un rêve.

Mais n'oublions pas un des atouts majeurs du film : Delphine Seyrig. Une actrice que je ne connaissais absolument pas, alors qu'elle a tout de même tourné avec de grands réalisateurs ( Fred Zinnemann, Alain Resnais, François Truffaut). Elle est absolument parfaite dans le rôle de la comtesse Bathory. Extrêmement belle, avec une voix envoûtante ( dont le timbre fait un peu penser à Jeanne Moreau. Jeanne Moreau, jeune hein!) et des manières et une gestuelle très aristocratiques. Et quelle garde robe ! Non, il n'y a pas à redire ! On tombe sous le charme de Delphine Seyrig ; elle ne joue pas une comtesse vampire, elle est une vampire de la plus haute noblesse!



Il est intéressant de remarquer que Delphine Seyrig a été militante féministe et que le film épouse clairement son combat. Son personnage, Bathory, incarne pleinement la femme forte, puissante et indépendante. Et impitoyable. Sa secrétaire, Ilona ( joué par l'actrice allemande Andrea Rau) a un look très androgyne et fashion, qui la ferait aisément passer pour une mannequin prête à monter sur les passerelles de défilé. Elle aussi est éprise de liberté. Celle qui n'est pas libre c'est Valérie, la jeune mariée ( interprétée par une jolie actrice québecoise, Danielle Ouimet). Ilona désirant ardemment voler de ses propres ailes, sa maîtresse se cherche une nouvelle compagne pour l'Éternité et elle « flashe » littéralement sur la très belle Valérie.

Inutile de dire que le personnage du mari, Stefan ( joué par l'acteur américain John Karlen) est un obstacle. Seul personnage masculin important du film, il incarne parfaitement la figure de l'homme qui opprime la femme. Derrière ses apparences de fils de bonne famille, Stefan cache ( à peine) un esprit attiré par le morbide et la cruauté. Il y a de la bestialité en lui. Autoritaire, violent, possessif mais infidèle, Stefan est une synthèse des défauts masculins pointés du doigt par les femmes. Au bout du compte, c'est une brute qui pense avec ce qu'il a entre les jambes, retirant toute liberté à la femme qui a le malheur de se joindre à lui. Un être tyrannique, menteur et manipulateur, qui n'hésite pas à frapper pour asseoir sa domination et qui est incapable de ressentir le vrai amour. Et dans tout cela, la femme, éternelle victime de l'homme, doit prendre conscience de sa force, s'émanciper et prendre son envol. Telle est la vision du film. Autant dire que la gent masculine se fait tailler un costard ici.



Il faut signaler également qu'au début des années 70 ce mélange de vampirisme, d' érotisme et de lesbianisme est très tendance. La Hammer a sorti The Vampire Lovers en 1970, par exemple. Et en 1974 il y aura le Vampyres de José Ramon Larraz, très axé là dessus ( très ! très!). Bref ce sous genre était indéniablement dans l'air du temps.

En conclusion, Daughters of Darkness est un classique dans le genre. C'est un film fantastique à l'ancienne, classieux, avec des velléités auteurisantes assez évidentes. On en ressort motivé pour découvrir Malpertuis, l'autre film marquant de Harry Kumel, sorti la même année. On peut dire qu'il était en forme en 1971, le Harry !










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